Interview réalisée par Joëlle Loretan
En tant qu’individu, nous avons tendance à évaluer un changement à l’aune des bénéfices personnels que nous pouvons en retirer. Il est donc important de rendre visibles les avantages concrets. Lorsque le gain est compréhensible, l’acceptation devient plus facile. Il a aussi un facteur collectif puissant : le besoin de reconnaissance par ses pairs. Pour que l’innovation fasse sens, il faut que les gens puissent s’y reconnaître, y trouver une forme d’identité, des valeurs communes. Cela suppose de prendre le temps. On ne peut pas brûler les étapes. Embarquer les citoyennes et les citoyens dans un processus d’innovation est un travail de longue haleine. Ayant été conseillère communale durant plusieurs années, j’ai constaté que l’implication de la population fonctionne. Lorsque les gens ne perçoivent plus un projet comme une contrainte imposée d’en haut, mais comme une démarche à laquelle ils peuvent contribuer, ils deviennent cocréateurs de la solution. À l’échelle nationale, c’est plus complexe, mais les communes et les villes ont tout à gagner à impliquer leur population plutôt qu’à annoncer des changements par des communications impersonnelles dans les boîtes aux lettres. En procédant ainsi, on va peut-être moins vite pour introduire le changement, mais pour l’acceptation de la population, c’est plus efficace.
Les communes disposent de leviers importants. Elles peuvent proposer un accompagnement au changement : expliquer les démarches, montrer les bons gestes, organiser des séances d’information pour être en contact direct avec la population. Il est aussi essentiel de communiquer régulièrement sur les projets en cours. Et si un gros projet se dessine dans une commune, pourquoi ne pas faire un groupe de travail dédié avec les personnes motivées à s’investir ? Tout ça peut rassurer ceux qui sont moins à l’aise et valoriser les idées issues du terrain. Mais j'insiste, cela demande du temps et des moyens. Or, on sait que le temps, en matière de transition énergétique, on n’en a pas beaucoup. Mais c’est important d’écouter ces personnes moins à l’aise avec la transition, car elles proposent parfois des idées pertinentes que nous n’avons pas eues.
Impliquer, être transparent dans ses actions et ses communications et informer clairement et régulièrement restent, selon moi, les axes clés pour mobiliser. Car finalement, c’est toujours la collectivité qui fait avancer les choses.
On aurait un manque de flexibilité et de polyvalence, comme on le connaît aujourd’hui, avec une difficulté, voire une impossibilité d’intégrer les énergies renouvelables dans le système de manière conforme et en les utilisant à leur plein potentiel. Il y aurait énormément de pertes. Nous ne pourrions pas optimiser les systèmes, alors que la population et les besoins énergétiques augmentent. On connaîtrait régulièrement des soucis comme l’hiver passé, avec des risques de pénurie.
À l’inverse, je suis convaincue que la numérisation peut favoriser une innovation en grappe : plus on innovera dans le domaine énergétique, plus cela ouvrira la voie à d’autres solutions. Une seule innovation peut déclencher un effet boule de neige. Mon espoir ? Que ces dynamiques permettent d’orienter l’énergie autrement et d’accélérer la transition plus rapidement qu’on ne l’imagine.Â
La numérisation du système énergétique, vers un changement de paradigme