Illustration du Palais fédéral par Flavia Parli  

Coopérations en matière de doctorat : le rapport du Conseil fédéral met en évidence les forces et les limites du système actuel

La collaboration entre les hautes écoles spécialisées, les hautes écoles pédagogiques et les universités dans le cadre de la formation doctorale fonctionne globalement bien. Telle est la conclusion d’une évaluation commandée par la Confédération. Le rapport met toutefois en évidence les limites du système actuel. Pour HES SUISSE, une chose est claire : ces résultats soulignent des informations importantes pour le développement et la promotion de la relève – et constituent une base pour l’examen de nouvelles mesures.

Comment les hautes écoles spécialisées et les hautes écoles pédagogiques peuvent-elles former leur relève scientifique alors qu'elles ne disposent pas de leur propre droit de délivrer des doctorats ? Cette question préoccupe le monde politique des hautes écoles suisses depuis des années. Un nouveau rapport du Conseil fédéral vient d'être publié. Il montre que les coopérations existantes avec les universités fonctionnent globalement bien. Toutefois, l'évaluation met en évidence que le système actuel atteint ses limites.

Pourquoi ce rapport a-t-il été rédigé ?

Le point de départ a été une initiative de la Commission de la science, de l'éducation et de la culture du Conseil national (CSEC-N). Elle a demandé au Conseil fédéral de réaliser une analyse approfondie des coopérations en matière de doctorat entre les hautes écoles spécialisées (HES), les hautes écoles pédagogiques (HEP), les hautes écoles universitaires et les établissements partenaires étrangers.

Cette demande s’inscrivait dans le contexte d’une réflexion visant à déterminer si les modèles de coopération existants suffisaient à garantir à long terme la relève scientifique au sein des HES et des HEP, ou s’il fallait trouver des solutions supplémentaires.

HES SUISSE, l’association faîtière des diplômés des hautes écoles spécialisées, a activement contribué à façonner ce débat ces dernières années. En effet, pour de nombreuses disciplines enseignées dans les hautes écoles spécialisées, une formation doctorale de haute qualité est essentielle. Elle constitue le fondement de la recherche, de l’enseignement et de l’innovation. Dans le même temps, les hautes écoles spécialisées et les hautes écoles pédagogiques ne disposent toujours pas de leur propre droit de délivrer des doctorats et dépendent donc de partenariats.

Les partenariats ont fait leurs preuves

L'évaluation qui vient d'être publiée aboutit à une conclusion claire : la collaboration entre les hautes écoles spécialisées, les hautes écoles pédagogiques et les universités fonctionne globalement bien.

De nombreuses coopérations naissent de projets de recherche existants et se développent à partir d’intérêts disciplinaires communs. Les programmes dans lesquels des structures institutionnelles stables ont été mises en place sont jugés particulièrement positifs. Dans ces cas-là, la collaboration s’avère durable et apporte une valeur ajoutée évidente à toutes les parties prenantes.

Les coopérations avec des établissements d’enseignement supérieur étrangers jouent également un rôle important. Elles ouvrent de nouvelles perspectives dans des domaines qui ne sont que peu ou pas du tout représentés dans les universités suisses. C’est le cas, par exemple, des arts, du travail social ou de certains aspects de la didactique.

L’évaluation montre également que les hautes écoles spécialisées et les hautes écoles pédagogiques tirent profit de ces partenariats. Elles renforcent leurs compétences en matière de recherche, accroissent leur visibilité et sont mieux à même de promouvoir la relève scientifique.

Le rapport met toutefois également en évidence des limites évidentes

Cependant, se concentrer uniquement sur les résultats positifs reviendrait à passer à côté de l'essentiel. L'évaluation met en évidence une série de défis qui persistent encore aujourd'hui et qui sont en partie liés au système.

Elle mentionne notamment une charge administrative importante, des procédures d’admission complexes, des questions de financement ainsi que des cultures académiques différentes entre les institutions participantes. À cela s’ajoute le fait que la pérennité de certains programmes n’est souvent pas garantie.

Il convient de noter tout particulièrement la constatation d’une « asymétrie systémique » entre les hautes écoles spécialisées ou les hautes écoles pédagogiques et les universités. Les universités disposent du droit de décerner des doctorats et déterminent ainsi les conditions-cadres essentielles. Les hautes écoles spécialisées et les hautes écoles pédagogiques restent dépendantes de leur collaboration.

L’évaluation montre clairement que cette dépendance n’a pas seulement des conséquences organisationnelles. Elle influence également la conception des programmes et les possibilités de développement des institutions concernées.

La promotion des jeunes talents reste un défi

Le rapport montre cependant que l'accès à la formation doctorale pour les diplômés des hautes écoles spécialisées et des hautes écoles pédagogiques reste très inégal. Selon les programmes, leur proportion est élevée, tandis que dans d'autres cas, elle est faible.

On ne peut donc pas encore parler d’une formation doctorale généralisée pour les disciplines enseignées dans les hautes écoles spécialisées. Certes, il existe aujourd’hui de nombreuses offres, mais leur disponibilité dépend souvent de coopérations ponctuelles, de l’engagement de certaines personnes ou de projets à durée déterminée.

L’évaluation souligne expressément que les coopérations doctorales ne remplacent pas le droit propre des hautes écoles spécialisées et des hautes écoles pédagogiques à décerner des doctorats. Elles remplissent une autre fonction. Elles permettent de promouvoir la relève au sein des structures existantes, mais n’éliminent pas les différences structurelles entre les types d’établissements d’enseignement supérieur.

La discussion se poursuit

Le Conseil fédéral soutient la poursuite de l'approche actuelle et souligne l'importance de la promotion de la relève scientifique dans les hautes écoles spécialisées et les hautes écoles pédagogiques. Parallèlement, il convient de continuer à suivre l'évolution des coopérations.

Pour HES SUISSE, ces résultats fournissent des enseignements importants. L’évaluation confirme d’une part que les coopérations existantes apportent une contribution précieuse et permettent à de nombreux jeunes chercheurs d’accéder au doctorat. D’autre part, elle montre clairement que la solution actuelle présente des limites structurelles et reste marquée par des dépendances.

La question centrale n’est donc plus de savoir si les coopérations fonctionnent. Elles fonctionnent – du moins dans de nombreux cas. Ce qui est déterminant, c’est plutôt de savoir si elles suffiront à long terme pour répondre durablement aux besoins des hautes écoles spécialisées et de leurs disciplines axées sur la pratique.

HES SUISSE va désormais analyser en profondeur les résultats de l’évaluation. Il s’agira notamment d’examiner quelles mesures supplémentaires sont nécessaires pour renforcer à long terme la promotion de la relève dans les hautes écoles spécialisées et pour relever les défis structurels existants. Ce rapport ne met pas un terme au débat sur l’avenir de la formation doctorale dans les hautes écoles spécialisées. Au contraire, il apporte de nouveaux arguments en faveur de sa poursuite.