StartCare est né d’un constat partagé par ses fondatrices : l’entrée dans la profession peut être bien plus brutale qu’on ne l’imagine. Sibylle Neuhaus-Rey, Charlotte Mittaz, Jessica Wey et Camille Burri ont voulu transformer cette expérience en une ressource utile pour la relève. « Nous avons toutes constaté que nous avions rencontré les mêmes difficultés à nos débuts dans la profession », souligne Sibylle. D’où l’idée de créer un espace neutre d’écoute et d’échange, conçu comme un soutien concret pour les jeunes infirmières et infirmiers au moment de leurs premiers pas sur le terrain.
Quand les débuts sur le terrain bouleversent tout
Dans le domaine des soins infirmiers, l’entrée dans la vie professionnelle reste souvent un moment décisif. Sibylle évoque cette réalité : « Ce qui frappe au début, c’est le poids des responsabilités, l’exigence d’une concentration permanente et l’impression que l’être humain derrière la soignante n’est pas toujours considéré à sa juste valeur. En même temps, on essaie de montrer qu’on est forte. » Charlotte Mittaz décrit ce même choc avec des mots très concrets : « Je me souviens très bien de mon premier jour : j’avais l’impression d’être sous l’eau, de devoir nager sans arrêt pour m’en sortir. Les six premiers mois ont été très éprouvants. Je me sentais seule et parfois presque encombrante, simplement parce qu’au début, on avance moins vite que les autres. »
Le constat est clair : ce n’est pas la formation qu’elles remettent en question, mais bien la phase de transition vers la pratique. « La formation de base m’a beaucoup apporté, mais au début, j’avais l’impression d’avoir tout oublié tant nous sommes submergés », souligne Charlotte. C’est dans cette zone sensible, entre les études et le terrain, que StartCare souhaite aujourd’hui apporter un soutien concret. Pour Sibylle, « le problème réside dans la manière dont les jeunes diplômés sont accompagnés une fois en poste, au sein d’équipes déjà fortement sollicitées. »
Un projet d’anciens étudiants devenu une réponse concrète
Porté par l’association Alumni Heds FR, StartCare montre également ce qu’un réseau HES peut accomplir lorsqu’il reste en phase avec la réalité du terrain. Le projet a demandé du temps, de l’énergie et une véritable capacité à fédérer. Il a fallu rechercher des soutiens, structurer la démarche, élaborer un business plan, obtenir des financements. Sibylle insiste d’ailleurs sur la dimension collective de cette aventure : « La Haute école de santé de Fribourg, le doyen Fernando Santana, ainsi que plusieurs partenaires cantonaux et professionnels ont contribué à faire avancer le projet. » Lancé officiellement le 1er février 2026, StartCare doit encore gagner en visibilité, mais ses fondatrices savent qu’un dispositif de ce type demande du temps pour s’implanter et instaurer la confiance.
Le parcours HES, un levier de carrière
L’un des atouts de StartCare, d’un point de vue professionnel, réside également dans le profil de ses fondatrices. La formation HES apparaît comme un socle solide, à la fois pratique, analytique et évolutif. Sibylle insiste sur cette valeur ajoutée : « C’est une formation exigeante, qui développe l’autonomie, la réflexion et un regard professionnel plus affûté. »
Charlotte, qui a ensuite poursuivi par un master en sciences infirmières, met en avant ce que cette continuité lui a apporté : « Faire ce master a permis d’ancrer davantage notre profession dans les sciences infirmières. Et pour StartCare, cela m’a aussi aidée à cerner objectivement les besoins, à m’entourer et à gérer un projet. » Le message est clair : un parcours HES ne prépare pas seulement à entrer dans la profession, il donne aussi les outils pour la faire évoluer.
Une carrière qui se construit au fil du temps
C’est sans doute ce que StartCare raconte en filigrane. Dans le domaine des soins, parler de carrière ne signifie pas s’éloigner du terrain, mais pouvoir perdurer, évoluer et trouver sa place sans s’épuiser d’emblée. Sibylle rappelle d’ailleurs que « la profession infirmière ouvre de nombreuses perspectives : spécialisations, CAS, master, enseignement, management ou sciences infirmières. » Mais il faut encore pouvoir franchir le cap des premières années. En créant StartCare, les fondatrices rappellent une évidence trop souvent oubliée : prendre soin de celles et ceux qui soignent, dès le début de leur parcours, c’est déjà agir sur la suite de leur carrière.